Bahreïn, entre révoltes et rêves démocratiques


Entretien avec Nabeel Rajab

Courtoisie Flickr ABO3LOY


Avec le spectre du « printemps arabe », le Bahreïn est partagé entre ceux qui souhaitent un changement radical du pouvoir politique et ceux qui s’assissent sur le pouvoir actuel. Pour Nabeel Rajab, président du Bahrain Center for Human Rights, cette situation prouve bien plus la volonté citoyenne d’accéder à un régime davantage démocratique.

Impact Campus : Les protestations à Bahreïn sont multiples et partagées entre aspects religieux et politique. Pouvez-vous les décrire ?

Nabeel Rajab : Il y a deux sortes de protestations. L’une, permise par le gouvernement et soutenue par les groupes d’opposition. Et l’autre, un mouvement religieux qui représente une autre partie de la population et qui est réprimandé par les autorités. À l’heure où nous parlons, il est 23h30, je peux entendre les tirs d’armes et de grenades depuis ma maison. Presque tous les religieux protestent ce soir, et les affrontements ont lieu un peu partout à travers le pays. Certains lieux sont interdits d’accès aux manifestants par la police religieuse. Par exemple, la Place de la Perle [lieu symbolique de la révolte bahreïnienne, NDLR] est présentement occupée par l’armée. Difficile donc de trouver un lieu commun à ces révoltes.

IC : S’agit-il d’un affrontement entre sunnites et chiites, ou y a-t-il d’autres revendications ?

NR : Les protestataires sont uniquement des personnes qui veulent une démocratie, le respect des droits de l’homme. C’est vrai, les manifestants sont majoritairement chiites, mais ce n’est que parce qu’une majorité des Bahreïniens appartiennent à cette confession. Le régime tente de créer cette ambiance sectaire entre sunnites chiites, oubliant les revendications sont plus politiques que religieuses. La principale revendication concerne une démocratie où il y aurait un gouvernement élu, un Parlement avec de réels pouvoirs, une cessation des discriminations sectaires, de la corruption.

IC : Que dire sur les rôles de la Communauté internationale ou de la Ligue Arabe ?

NR : La communauté internationale a deux positions : d’un côté, une ligne dure comme pour la Libye ou la Syrie, par exemple. Et quand il s’agit de Bahreïn et des dictateurs du Golfe Persique, les pays occidentaux et les États-Unis n’interviennent pas, car ces pays font partie de leurs alliés. La position de l’Occident est donc hypocrite vis-à-vis des révolutions qui éclatent à travers le monde. Pour la Ligue Arabe, elle a toujours agi à l’encontre des peuples, supportant les régimes en place. C’est différent avec la Syrie, car la plupart des membres de la Ligue Arabe en ont contre le régime syrien. C’est pourquoi ils ont pris une telle position vis-à-vis de Bachar-el-Assad, mais en fait, ils ne se soucient pas du peuple. Où sont-ils quand on parle de Bahreïn, du Yémen ? Pourquoi agissent-ils seulement en Syrie ? Tout simplement parce que la Ligue Arabe ne voit pas d’un bon oeil le régime de Bachar-el-Assad, et non parce qu’elle croit aux droits de l’homme.

En complément de cet interview de Nabeel Rajab, président du Bahraïn Center of Human rights, je vous conseille le documentaire Bahraïn : Shouting in the dark sur le site d’Al-Jazeera.

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Publié le 22 novembre 2011 dans Impact Campus.

Par Pierre-Louis Curabet, Québec.



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