République démocratique (?) du Congo

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Le résultat des élections du 28 novembre doit normalement être dévoilé le mardi 6 décembre. La tension monte alors que le scrutin est entaché de nombreuses irrégularités.

Inquiétude. L’abbé Donatien Nshole, secrétaire général adjoint de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO-catholique), répète ce mot inlassablement pour qualifier l’ambiance qui règne en République Démocratique du Congo (RDC).

«L’ambiance générale est à l’inquiétude. Les gens ont peur que des violences éclatent après les menaces de l’opposition [l’UDPS d’Étienne Tshisekedi, ndlr] qui se croit flouée dans ces élections», ajoute le religieux. «Le seul moyen est de fuir pour se mettre à l’abri dans le cas où les opposants n’accepteraient pas les résultats». On parle de plus de 3 000 habitants de Kinshasa qui auraient traversé le fleuve Congo pour rejoindre Brazzaville, en République du Congo.

Malgré les sommes déployées par la Mission des Nations unies (Monusco), qui est de l’ordre de 1,4 milliard pour la période juillet 2011-juin 2012, «des irrégularités, des violences jusqu’à la mort ont été constatées», affirme l’abbé de confession catholique, avant d’ajouter : «Pour une jeune démocratie comme la notre, on peut dire que les choses se sont passées». Pourtant, à seulement 24 heures de la date butoir de la publication des résultats, la CENCO n’a eu de retour que de 1 400 bureaux de vote sur un peu plus de 63 000 disséminés à travers la RDC.

Cette église a été un acteur important car elle a déployé 30 000 observateurs sur le territoire congolais. Elle n’est pas la seule confession qui a été active durant ces élections. L’Église du Christ du Congo (ECC), rassemblant plus de 67 confessions protestantes congolaises, a également obtenu l’accréditation d’observateur délivrée par la Commission électorale nationale indépendante (CENI).

Confessions religieuses pacificatrices

Selon, Jules Lwesso, coordinateur des comités des observateurs protestants de l’ECC, la communauté internationale appuie l’action des différentes confessions religieuses. «Ils nous disent que nous, comme Église, nous devons jouer notre rôle [de pacificateur]. D’abord, parce que toutes les autorités politiques sont membres de nos confessions religieuses», assure le révérend Lwesso. Ce dernier témoigne même du lien qui existe entre la religion et les plus hautes sphères de l’État congolais : «Vous prenez le chef de l’État, lui même, il est protestant, il est de notre religion. Nous avons la responsabilité d’interpeler nos membres politiciens à accepter les résultats des urnes, et s’il y a des contestations, qu’ils aillent aux tribunaux pénaux et qu’ils n’envoient pas les gens dans la rue».

Les élections en RDC ne correspondent pas pour autant à un affrontement entre protestants, représentés par le président sortant, Joseph Kabila, et catholiques, sous la houlette de l’opposant Étienne Tshisekedi. Par ailleurs, le fait que le président de la CENI, le révérend protestant Ngoy Mulunda-Nyanga, soit présenté comme un «Homme de Dieu» sur le site de cette commission, peut étonner pour un organe qui est qualifié d’«indépendant». À cela, s’ajoute que le président du CENI est un proche de Joseph Kabila, après avoir été celui de son défunt père, Laurent-Désiré. Il faudrait donc peut-être regarder du côté du politique qui utilise le religieux pour diviser la population.

Il y a donc de nombreuses zones d’ombres sur ces élections. Toutefois, le révérend Nshole assure qu’il n’est «pas pessimiste, tout en étant inquiet à court terme», car, pour lui, «les Congolais sont capables de rendre le Congo plus beau qu’avant».

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Publié le 6 décembre 2011 dans Impact Campus.

Par Pierre-Louis Curabet, Québec.


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