Sport : une drogue légale

Courtoisie Flickr denver.wang


Depuis plus de trente ans, le sport peut être diagnostiqué comme «addiction positive». La dépendance à l’exercice physique est un phénomène peu connu dans des sociétés qui ont une image thérapeutique du sport.

Miguel Sanchez, vainqueur du marathon de Québec en 1999, aime le sport et ne peut pas s’en passer : «Pour moi, c’est une drogue, je ne fume pas, je ne bois pas. C’est une raison de vivre. Si je ne faisais pas de sport, je ne serais pas capable de fonctionner professionnellement. Ça m’équilibre, ça me permet d’évacuer mon stress, ce trop plein d’énergie que j’ai, et c’est merveilleux».

La différence entre pratique sportive intense et dépendance pathologique à cette dernière est ténue. Pour autant, il existe des moyens pour reconnaître une dépendance à l’exercice physique (DEP), et ce, depuis les années 1970.

«Les premières études remontent à 1976», indique Laurence Kern, professeur à l’université Nanterre de Paris. «Ça a été découvert un peu par hasard par un chercheur nommé Glasser, qui voulait étudier les effets de la privation de l’activité physique sur le sommeil». Pour réaliser son expérience, il va passer une annonce pour trouver des marathoniens volontaires. N’ayant aucune réponse, William Glasser va se demander alors pourquoi les gens ne sont pas prêts à arrêter leur activité physique. C’est ainsi que le concept de «dépendance positive» est apparu.

Depuis, de nombreuses études ont été menées sur ce sujet. En novembre dernier, Laurence Kern a ainsi validé une version française de l’«Exercice Dependence Questionnaire» (Ogden et Veale, 1997). Du côté des médecins, ces questionnaires peuvent avoir une utilité certaine puisqu’ils leur fournissent un portrait de la dépendance du patient.

Dan Véléa, psychiatre-addictologue en France, affirme que cette «addiction positive» se caractérise par les mêmes symptômes que les addictions à l’alcool ou aux drogues, dites «négatives». Ce docteur note que les patients peuvent connaître «une instabilité émotionnelle avec des failles narcissiques et des crises identitaires», avant d’ajouter : «Les gens peuvent aussi chercher une sorte d’automédication dans la pratique physique […] comme palliatif par rapport à une souffrance intérieure».

À l’instar des drogues dures et de l’alcool, le sport peut donc être source de dépendance. Le docteur Dan Véléa dénombre ainsi un nombreux croissant de consultations dans son bureau. Pourtant, la chercheuse Laurence Kern assure que les hommes politiques ne s’intéressent pas encore aux problèmes que cause un excès d’exercice physique, car «ce n’est pas bien de dire cela. Mais là, ça commence à rentrer dans les têtes, parce que l’activité physique est bonne pour la santé quand elle est faite de façon raisonnée».

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Article publié le 13 décembre 2011 dans Impact Campus.

Par Pierre-Louis Curabet, Québec.



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