Fin de la grève populaire au Nigeria

Les syndicats nigérians ont suspendu mardi dernier la grève contre la hausse des prix des carburants qui secouait le pays depuis près d’une semaine.

Un accord a été conclu entre les syndicats et le gouvernement fédéral pour mettre fin à la grève générale. Le 1er janvier 2012, le gouvernement nigérian avait supprimé les subventions aux carburants, arguant de vouloir susciter la déréglementation du secteur pétrolier et de réinvestir l’argent économiser, soit plus de 8 milliards de dollars dans la modernisation des infrastructures du pays.

Selon le chercheur de l’Institut de Relatons Internationales et Stratégiques (IRIS), Philippe Hugon, cette hausse des prix de l’essence critiquée par le peuple nigérian, n’est pas forcément mauvaise : «Il est certain que l’essence est un bien symbolique au Nigeria et que derrière se cristallise un mouvement social. Ceci étant, c’est vrai que cette décision a été prise brutalement, mais il n’est pas aberrant d’augmenter le prix de l’essence au Nigeria». Cependant, d’après ce spécialiste de l’Afrique, cette hausse des prix des carburants doit être compensée par des mesures au profit des catégories défavorisées.

Ainsi, Philippe Hugon avance que, d’un point de vue purement économique, la décision du gouvernement «fait sens» car au prix de l’essence subventionnée, «les raffineries nigérianes ne sont pas rentables». Par ailleurs, ce directeur de recherche conclut que, dans un régime «extraordinairement corrompu, avec des fuites de capitaux, il y a d’autres manières de trouver de l’argent que d’augmenter le prix de l’essence».

Une meilleure redistribution des richesses

Par répercussion, cette coupe des subventions avait entrainé une hausse des prix des transports, qui a un impact réel sur la vie courante d’une population, qui pointe au 156 rang de l’Indice de Développement Humain en 2011 [indice qui se fonde sur le niveau de vie, d’éducation et l’espérance de vie, ndlr]. Cette constatation amène Philippe De Leener, professeur à l’université catholique de Louvain en Belgique, à noter qu’ «il faudrait que ceux qui possèdent le parc automobile [les riches, ndlr] admettent qu’ils doivent redistribuer, c’est-à-dire qu’ils doivent payer le coût réel de ce que coûte le transport. On sortirait alors d’une situation où l’État nigérian faisait un transfert de richesses aux propriétaires de véhicules». Alors, un État redistributeur au profit des plus démunis verrait le jour, mais c’est sans compter sur le fait que «les propriétaires de véhicule sont aussi des gens qui ont une capacité d’accès aux médias, qui ont une capacité d’influence au niveau de la parole, et donc qui pensent que cette hausse des prix jouent contre eux», affirme le professeur belge.

Ce soulèvement contre la mesure gouvernementale peut aussi être vu comme une opposition au développement d’un État capteur de devises pour ensuite agir sur le plan de la société. Selon Philippe De Leener : «On est vraiment dans un univers sociaux-politique où l’État a toujours été perçu comme une rente dont il faut s’approprier la puissance, et non pas comme un instrument qui serait au service d’une nation en vue d’un projet de société.»

L’Exemplaire numéro 0

Pas de parution. Numéro test de L’Exemplaire du mercredi 25 janvier 2012.

Par Pierre-Louis Curabet, Québec.

Note : Nouvelle aventure. Je suis chef de pupitre International au journal des étudiant en journalisme, L’Exemplaire. Chaque semaine, une page à remplir, deux articles, quatre brèves.

Photo de Une : Courtoisie Flickr loop_oh


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