Un Canot bien frappé, s’il vous plaît


Sport extrême – Canot à glace

Fabrice Le Coz (à gauche) et Nicolas Larcher donnent les trajectoires courtes lors des passages sur les glaces.


À l’occasion de la course du Carnaval de Québec, Ossopom!* a suivi l’équipe de France de canot à glace jusque sur la banquise du fleuve Saint-Laurent.

L’aventure a commencé en 2003. Didier Voindrot vient en vacances à Québec en plein Carnaval. Il va alors découvrir un nouveau sport : le canot à glace. Pratiquée seulement dans la province de Québec en hiver, cette activité nautique étonnera le néophyte. Didier Voindrot, lui, reviendra l’année suivante pour s’y essayer avec des équipes locales. «J’ai eu la piqûre», affirme le jeune homme de 33 ans. Une équipe de France sera montée dès 2005, et depuis Didier Voindrot n’a raté qu’une édition de la course du Carnaval de Québec, celle de 2007.

Piqûre collective

Mécanicien pour l’armée en tant que civil, capitaine Didier va donc «piquer» d’autres collègues, amis, camardes pour faire vivre l’aventure. Adepte des sports en marge, il pratique aussi le kayak-polo en France. C’est dans ce domaine qu’il est allé chercher deux des canotiers de l’équipe 2012.

Le capitaine Didier Voindrot


Nicolas Larcher, ingénieur en informatique, fait partie de la bande depuis 2009. Comment Didier Voindrot a-t-il réussi à le convaincre ? «Un jour, il lui manquait quelqu’un pour faire partie de l’équipage, et il m’a dit : “Comme je sens que tu es un peu barré dans ta tête comme moi, j’ai un truc à te proposer”, se remémore “Nico”. Il m’a expliqué ce qu’était le canot à glace, il m’a montré des photos, des vidéos. Au bout d’une semaine, je l’ai rappelé et je lui ai dit que j’étais partant.»

Fabrice Le Coz, son collègue de l’avant du canot, en est lui à sa première année. Ancien international de l’équipe de France de kayak-polo, cet habitant de Blois s’est fait enrôler par Didier Voindrot lors d’une compétition. «Quand il a vu mes yeux pétiller, il n’a pas eu grand-chose à faire pour m’embarquer dans l’aventure», claironne le kayakiste. Rien de bien neuf pour ce Blésois qui n’est pas sans ressources face au défi qui l’attend. «L’avantage que j’ai, c’est de connaître un peu l’eau parce que mon métier c’est le kayak, explique-t-il. Je l’ai pratiqué sur de grosses rivières. Je ne suis pas surpris par tout ce qui m’entoure, même si la glace c’est quelque chose d’assez impressionnant.»

Nicolas Larcher, avant bâbord


Sans danger

Pour faire avancer un canot à glace, il faut être cinq. Ce sont deux spécialistes de la rame traditionnelle qui complètent l’équipe. Éric Bonijoly est, comme Nicolas Larcher, présent chaque année à Québec depuis 2009. Ce sapeur-pompier de profession n’a pas froid aux yeux, et il se rit de l’appréhension de son collègue David, avec qui il a été champion de France de rame traditionnelle en mer ces deux dernières années. «David fait partie des gens qui ont super peur, avance ce père d’une petite fille de 12 ans. Moi de par mon métier, je ne dis pas que je vois des choses extraordinaires, mais je suis confronté à des dangers. Le canot à glace, ce n’est pas dangereux.»

Pour sa part, David Dumas est père de deux filles. Il a dû faire des pieds et des mains auprès de sa femme pour venir faire du Canot à glace avec les 4 autres «frappés du canot», comme ils se surnomment. Ce Sétois a quand même réussi à prendre l’avion pour le Canada, et a fait sa première course de canot à glace à l’Isle-aux-Coudres, une semaine avant la course du Carnaval. De quoi atténuer ses peurs ? «J’avoue, c’est assez périlleux. Je ne m’attendais pas du tout à un tel défi, parce que pour moi c’est un vrai défi. Les glaces sont terribles, explique “Dada”. Si la glace est un peu frileuse ou sombre, on pense qu’elle est porteuse, mais en fin de compte on passe à travers. Si vous ne vous accrochez pas au canot, vous vous retrouvez au fond de l’eau, donc il y a des codes de sécurité à respecter.»

Éric Bonijoly, arrière tribord


Comme les 5 doigts de la main

Depuis deux semaines, les cinq «frappés» ne se lâchent pas d’une semelle. Ce qui crée parfois quelques tensions. «C’est sûr qu’il y a des moments où c’est délicat, affirme Éric Bonijoly. Il y a des petits accrochages, mais on essaie de ne pas trop envenimer la situation. Dans l’ensemble, on s’entend bien, et pourtant on ne se connaît pas vraiment. Moi, je connais David des rames, mais on n’a jamais vécu ensemble. On apprend à se connaître un peu plus profondément.» Et ça se sent quand on les observe. L’ambiance est très souvent décontractée, des chants sont lancés inopinément et les blagues fusent sans arrêt, particulièrement des lèvres d’Éric Bonijoly, surnommé “Bony” par ses collègues.

Malgré cette entente, l’équipe n’a pas réussi à bien se classer lors des qualifications de la course Sport [catégorie amateur, ndlr]. Elle finira avec le 10e temps, sur vingt participants, en raison d’un problème de synchronisation à l’arrière du canot lors du départ. Rien de grave. Tous sont unanimes pour dire que cette place n’a pas vraiment d’importance. Le départ se déroulant à la queue leu leu, cette position au milieu du peloton convient très bien au capitaine Didier Voindrot. Selon ce dernier, cette dixième place va lui permettre de voir les erreurs de trajectoires des autres participants, et ainsi d’agir par conséquent. En attendant la course de dimanche, toute l’équipe prend un jour de repos, le temps de faire des achats pour la famille et de visiter la ville de Québec.

Fabrice Le Coz, avant tribord


Solidarité avant tout

La nuit a été plus ou moins agitée pour chacun des «frappés», mais tous sont impatients d’en découdre. La bonne humeur est toujours de mise. «J’avoue que moi, c’est la douche qui me motive. La ballade va être belle, mais la douche sera bien meilleure», lance Fabrice Le Coz. Point noir au tableau : après réclamations d’équipes concurrences, Didier Voindrot et ses collègues ont été rétrogradés à la 12e place. «Que ça soit à la 10e ou la 12e place, ça ne change pas grand-chose», assure David Dumas.

Il est l’heure de se changer. Les Français pourront le faire au chaud dans le bus de l’équipe Desgagnés qui coure dans la catégorie Élite. Ce fait anodin est représentatif de l’esprit qui règne entre les concurrents. Le canot à glace, c’est avant tout une famille. « C’est une autre conception du sport. C’est un autre mode de vie, explique “Dada”. Ce système d’entre aide, d’ouverture d’esprit et d’échange nous tient à cœur. Les gens sont accueillants, chaleureux, ils nous apportent leur soutien et même leur amour. On sent vraiment cette chaleur humaine. »

David Dumas, arrière bâbord


300 mètres et un bris de matériel

Les Français sont plus couverts que les Québécois. L’habitude du froid. Cela ne va pas les empêcher de faire un très beau départ. Didier, en capitaine d’expérience, va prendre une trajectoire bien différente des autres équipes. Les «frappés» coupent tout de suite vers la berge pour se couper du vent et des mouvements des eaux. La stratégie est payante. Mais au bout de 300 mètres, à la sortie du Bassin Louise où est située l’aire de départ/arrivée, David Dumas va casser sa rame alors qu’on lui demandait de forcer pour rectifier la trajectoire du canot. Ils finiront la course à 3 rameurs.

À l’arrivée, le capitaine n’avait pas l’air pour autant abattu. « On avait déjà utilisé la rame de rechange à l’Ilse-aux-Coudres, raconte Didier Voindrot. Le bon rameur, c’est celui qui a cassé la rame, donc il est passé à l’avant pour pouvoir ramer. Il ramait tout seul contre deux autres, et moi je compensais à la pagaie avec Fabrice qui est passé à l’arrière. C’était galère parce qu’il fallait sans arrêt monter et descendre, et Fabrice et David devaient tout le temps changer de place. Ça fait des manœuvres en plus, mais ça n’a pas été mal quand même. » Place finale : douzième. Les «frappés du canot» peuvent envisager de belles choses lorsqu’ils reviendront à Québec pour l’ultime manche du circuit québécois de canot à glace. Le «Grand défi des glaces», le 3 mars prochain.

Publié le 9 février 2012.

Par Pierre-Louis Curabet, Québec.



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