Yémen : L’après Saleh

Les Yéménites étaient appelés hier à élire un nouveau président pour remplacer l’ex-président Ali Abdallah Saleh (photo ci-dessus), déchu après 33 ans de règne. Analyse des tensions qui traversent ce pays de la Péninsule arabique.

Le Yémen est, avec le Bahreïn, l’un des deux États de la péninsule arabique à avoir connu une vague de protestation populaire en 2011. «Dans le cadre du printemps arabe, il y a un mouvement révolutionnaire qui transcende les crises yéménites et qui s’est cristallisé initialement autour d’individus qui étaient très politisés, mais indépendants des partis politiques, affirme Laurent Bonnefoy, chercheur à l’institut français du Proche-Orient (IFPO). C’est un mouvement similaire à ceux qui se sont déroulés en Égypte ou en Tunisie.»

Retour historique

Pour comprendre les tensions qui parcourent la société yéménite, il faut se plonger dans l’histoire du pays. La partie nord du pays a d’abord était sous emprise ottomane jusqu’en 1918, avant que les imams nordistes prennent le pouvoir. Jointe par téléphone par L’EXEMPLAIRE, Juliette Honvault, chercheuse spécialiste du Yémen au Centre national de recherche scientifique (CNRS), explique que «c’était un régime théocratique qui reposait sur l’alliance entre l’imam et les tribus du nord». En 1962, une guerre civile éclate dans cette partie nord du Yémen pour finalement «donner lieu à la définition d’une troisième voie à mi-chemin entre modernité et tradition», explique la chercheuse du CNRS.

De son côté, le sud du Yémen a été occupé par les Britanniques de 1839 à 1967. À cette date, «une guérilla a mis les Anglais dehors, et une République démocratique populaire du Yémen de tendance marxisme a été déclarée», raconte l’anthropologue Franck Mermier. Dans les années 1980, l’Union soviétique se délite peu à peu et, par conséquent, l’État yéménite du Sud s’affaiblit lui aussi. En 1990, les deux Yémen vont finalement s’unifier pour former la République du Yémen.

Le sud marginalisé

Cette volonté d’unification est ancienne. Juliette Honvault affirme ainsi qu’«elle date des années 1930-40 de part et d’autre de la frontière entre les Yémen du Nord et du Sud». Pourtant, il existe aujourd’hui des tensions bien réelles entre les deux parties yéménites. En 1994, une guerre civile a débouché par la victoire du Nord sur le Sud. «Les tensions nord-sud ne sont liées ni à la religion, ni à l’ethnicité, indique la chercheuse du CNRS. Le système politique du nord a mis la main sur l’ensemble des prérogatives administrative et politique du Yémen.»

En raison de cet étouffement du sud, on comprend alors pourquoi le président par intérim, Abd al-Rab Mansour al-Hadi, est «un candidat de consensus», comme l’avance Franck Mermier. Ainsi, ce général, qui a gouverné avec Ali Abdallah Saleh en tant que vice-président depuis les années 1990, est originaire du sud. Sa future accession au pouvoir [Manssour est le seul candidat en liste, ndlr] laisse entrevoir une intégration réelle des élites du sud au sein du pouvoir yéménite. Ce dernier point est, d’après Juliette Honvault, «le véritable enjeu des élections» du 21 février. «Si les revendications sudistes sont prises en compte, le mouvement séparatiste va peut-être rester isolé, appuie anthropologue Franck Mermier. À l’inverse, si ce n’est pas le cas, ce mouvement peut se développer.»

L’Exemplaire numéro 4

Publié le 22 février 2012 dans L’Exemplaire.

Par Pierre-Louis Curabet, Québec.

Photo de Une : Courtoisie Flickr sunuker


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