Affrontements sanglants au Sahel

Le Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA) a commencé son offensive militaire le 17 janvier dernier. L’action de cette mouvance indépendantiste touareg débouche sur une situation humanitaire précaire dans le nord du Mali.

Le 24 février dernier, l’agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) s’inquiétait de l’afflux de populations en provenance du Mali vers la Mauritanie, le Niger et le Burkina Faso. «Dans les pays environnants, l’afflux le plus important a été enregistré au Niger avec 28 858 arrivées, a affirmé le porte parole du HCR, Adrian Edwards, lors d’une conférence de presse. En Mauritanie, 22 958 réfugiés maliens ont déjà été enregistrés. Par ailleurs, 17 499 réfugiés maliens ont trouvé refuge au Burkina Faso». Plus de 80 000 personnes ont fui le Mali et ses alentours depuis le début des affrontements.

MNLA : Mouvement récent

Le MNLA, qui est au centre des offensives touaregs, est un mouvement récent. «Il a été fondé le 16 octobre 2011 de la fusion de deux mouvances, le Mouvement touareg du Nord Mali (MTNM) et le Mouvement national de l’Azawad (MNA), explique Emmanuel Grégoire, directeur de recherche pour l’Institut de recherche pour le développement (IRD). Au mois de décembre dernier, le MNLA poussait déjà l’État malien à la négociation et au dialogue en disant qu’il perdrait assez rapidement patience s’il n’y avait pas de nouveaux pourparlers.» Ce mouvement indépendantiste a tenu parole en débutant son offensive militaire à la mi-janvier.

Par ailleurs, le mouvement touareg est très hétérogène et est constitué de plusieurs mouvances. «Tout d’abord, il y a le MNLA qui revendique l’indépendance de la partie Nord du Mali, explique Philippe Hugon, directeur de recherche en charge de l’Afrique à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS). Ensuite il y a un mouvement lié aux mercenaires qui avaient combattus au côté du colonel Khadafi lors des événements récents en Libye. Ce sont des désœuvrés qui sont très armés, qui revendiquent parfois l’indépendance comme le MNLA. Par ailleurs, il y a des réseaux de touaregs qui connaissent des problèmes de chômage chez les jeunes et qui sont aujourd’hui au centre de nombreux trafics, notamment de drogue. Enfin, la présence d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) peut avoir un impact indirect sur ce conflit par la vente d’armes aux mouvements rebelles.»

Unis jusqu’à quand

Pour l’heure, ce mouvement hétéroclite agit dans la même direction. «Au début, c’est toujours homogène, affirme Emmanuel Grégoire. Le problème avec les touaregs, c’est qu’il y a toujours des dissensions internes. Pour l’instant, ils offrent un front uni autour du MNLA.»

Les dissensions ont déjà commencé à se faire sentir. Le MNLA a ainsi démenti avoir perpétré le massacre de soldats maliens à Aguelhoc le 24 janvier dernier. Selon le chercheur Emmanuel Grégoire, ce bain de sang est la marque de l’action d’AQMI. Par ailleurs, la société saharienne n’a fait front commun. «C’est une société tribale qui n’a pas une tradition d’alliance entre tribus, note Philippe De Leener, professeur de l’Université catholique de Louvain. Tout simplement parce que les gens vivent parfois à des centaines de kilomètres des uns des autres. Les occasions de rencontre ne sont donc pas très fréquentes.»

L’Exemplaire numéro 5

Publié le 29 février 2012 dans L’Exemplaire.

Par Pierre-Louis Curabet, Québec.

Photo de Une : Courtoisie Wikimedia commons Mark Dingemanse


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