Programme nucléaire iranien : civil ou militaire ?

Les 20 et 21 février derniers, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) était en Iran pour évaluer l’avancée du programme nucléaire iranien. Les risques que Téhéran se dote d’une bombe nucléaire sont-ils réels ?

Depuis plusieurs années, les services de renseignement occidentaux s’inquiètent de la possible volonté iranienne de développer une bombe atomique sous couvert d’un programme d’énergie nucléaire civile. Un rapport de l’AIEA, paru en novembre dernier, laissait entendre que le régime islamique aurait développé des technologies nucléaires militaires. C’est pour cette raison que 5 experts de cette agence se sont rendus une nouvelle fois sur place les 20 et 21 février dernier. Selon Radio France Internationale qui s’est procurée un copie du rapport confidentiel de l’AIEA sorti vendredi dernier, l’agence affirme être «incapable de conclure que le programme nucléaire iranien est pacifique».

Cette menace nucléaire iranienne a amené les pays occidentaux à durcir leur position et à renforcer leurs sanctions contre le régime de Téhéran. L’Union européenne a décidé d’un embargo sur les importations de pétrole iranien qui prendra effet le 1er juillet prochain. Par ailleurs, des pays asiatiques comme la Chine, l’Inde ou encore le Japon, envisagent aussi de réduire d’au moins 10 % leur importation de brut iranien. Ces trois pays absorbant 45 % du pétrole iranien, Téhéran pourrait faire face à des difficultés économiques croissantes.

Menace relative

Suite à la visite des experts de l’AIEA la semaine dernière, le Guide de la République islamique, Ali Khamenei, a affirmé que l’Iran «ne cherche pas à avoir l’arme atomique». «L’Iran est un pays de négociation, explique Julien Saada, directeur adjoint de l’Observatoire sur le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord à la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques de l’UQAM. Même si une fraction au pouvoir cherche sûrement à obtenir l’arme atomique, l’Iran veut probablement plus se rapprocher du modèle japonais. Cette voie correspond à la possibilité d’avoir une bombe nucléaire au bout de quelques mois si une menace se fait sentir, mais sans jamais franchir le seuil du nucléaire militaire.»

Officiellement, l’Iran produit de l’uranium enrichi, l’un des éléments indispensables à la production d’une bombe atomique, pour des raisons civiles. «Ce que l’on sait officiellement, c’est que l’Iran est en train d’enrichir de l’uranium à 20% pour alimenter un réacteur nucléaire que le régime utilise à des fins médicales à Téhéran, note Thierry Coville, chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), spécialiste de l’Iran. Il y a aussi un réacteur à Busher qui a commencé à fonctionner pour produire de l’électricité.» Il faut entre autres de l’uranium enrichi à 80 % et plus en isotope 235 pour pouvoir produire une bombe H.

Technologies hors de portée

L’Iran n’a pas non plus les technologies adéquates pour créer une arme nucléaire d’ici demain. «Il semble que l’Iran possède les éléments de base pour créer une arme atomique, mais il ne pourra pas en créer à court terme, révèle Shannon N. Kile, directeur du programme de recherche sur les armes nucléaires à l’institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI). La production d’une arme atomique est complexe. Même si l’Iran est capable de produire de l’uranium enrichi nécessaire à la création d’une bombe atomique, il faut aussi d’autres technologies de pointe que l’Iran ne semble pas maîtriser.»

L’Exemplaire numéro 5

Publié le 29 février 2012 dans L’Exemplaire.

Par Pierre-Louis Curabet, Québec.

Photo de Une : Courtoisie Flickr karimii


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