Le bourbier afghan

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Le 1er février dernier, le secrétaire américain de la Défense, Léon Panetta, a annoncé la fin des opérations militaires offensives d’ici la mi-2013, prévue initialement pour la fin 2014. Un aveu d’impuissance ?

Le 18 décembre dernier, le dernier soldat américain a quitté le territoire irakien après presque 9 ans de guerre. À peine deux mois plus tard, l’administration Obama a annoncé le retrait d’Afghanistan plus tôt que prévu. Plus de 10 ans sur place et 150 000 soldats n’ont pas réussi à stabiliser le pays.

Guerre perdue

Karim Pakzad, spécialiste de l’Afghanistan à l’institut des relations internationales et stratégiques (IRIS), note qu’«on est entré depuis 4-5 mois dans une phase où l’OTAN a décidé de transférer la responsabilité de la sécurité à l’armée afghane. On assiste donc progressivement à ce que l’OTAN quitte certains districts et certaines villes [NDLR: la région de Kaboul, notamment], même si ce n’est pas en totalité».

Actuellement, le contingent international compte environ 120 000 soldats. «Sur l’ensemble de ce contingent international, il n’y a presque que les États-Unis qui mènent des missions un peu plus offensives de lutte contre les insurgés et les talibans, affirme Julien Tourreille, directeur adjoint de l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques à l’UQAM. Géographiquement, les opérations se concentrent dans le sud et le sud-est du pays dans les provinces de l’Helmand, de Kandahar et de Kapisa.»

Cette annonce du départ anticipé américain s’inscrit dans un mouvement similaire de la part d’autres États participants aux forces internationales. Le Canada avait mis fin à sa mission en Afghanistan en juillet dernier. Et plus récemment, le président français Nicolas Sarkozy a annoncé un arrêt des actions militaires de la France. «Militairement, ça se justifie, car on est face à un constat d’échec, affirme René Cagnat, colonel à la retraite spécialiste des questions centre-asiatiques. On dit depuis plus d’un an que la guerre est perdue, et ça se vérifie. Les Américains ont beau claironner qu’il y a une réussite sur le terrain, mais en dehors de Kaboul et de certaines bases, le terrain n’est pas tenu.»

De la guerre aux négociations

Conscients de cet échec militaire, les États-Unis ont entamé la discussion avec les talibans qu’ils étaient venus chasser en 2001. «Le gouvernement de Kaboul proposé depuis plusieurs années aux talibans de négocier, explique Karim Pakzad. Ces derniers refusaient. Là, les talibans ont pausé quelques conditions, notamment la libération de leurs soldats qui sont à Guantanamo. De plus, ils veulent négocier directement avec les États-Unis, parce qu’ils considèrent le gouvernement afghan comme fantoche.»

Dans ces négociations, les talibans sont en position de force. Le temps joue contre la coalition internationale qui sera partie d’ici deux ans. «Il va y avoir probablement une guerre civile entre le Front national du nord, c’est-à-dire les ethnies tadjik, ouzbek et azara, contre les pachtounes du sud, avance René Cagnat. Le tout avec un substrat drogue. C’est le scénario le plus probable.»

Publié le 3 mars 2012.

Par Pierre-Louis Curabet, Québec.



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