«Penser la guerre au futur»

Le centre de recherche Paix et sécurité internationales de l’Université Laval a organisé, lundi 12 mars, le colloque «Penser la guerre au futur: De la doctrine à la technologie». La nature de la guerre se transformerait sous l’impulsion des avancées technologiques.

Les drones sont partout. Avec les opérations en Irak et en Afghanistan, ce système d’aéronefs pilotés à distance fait de plus en plus parler de lui. Aussi appelés Unmanned Aerial System (UAS), les drones ont une place centrale dans la guerre contre le terroriste. Jeremiah Gerler, spécialiste en aviation militaire au Congresional research service (CRS), affirme dans un rapport intitulé U.S. Unmanned Aerial Systems, publié le 3 janvier dernier, que les dépenses du département de la défense américaine dans le domaine des UAS sont passées de 284 M$ en 2000 à 3 300 M$ en 2010.

Pour comprendre l’influence des technologies sur les guerres actuelles et futures, il faut faire une distinction entre l’essence et la conduite de la guerre. «Peu importe l’époque, la technologie ou la méthode de combat, l’essence guerrière ne change pas, remarque Richard Garon, auxiliaire de recherche et d’enseignement au département de science politique de l’UL. C’est un acte de violence dont l’objet est de contraindre l’adversaire à notre volonté. Ici ce qui nous intéresse c’est la conduite de la guerre. Comment la technologie, la doctrine et la dimension humaine influencent cette conduite-là ?»

Ruée vers les nanotechnologies

Les drones font en fait partie d’un mouvement plus important: la course à la recherche en nanotechnologie. Les recherches dans ce domaine permettent une miniaturisation de tous les équipements militaires. Le défi se pose particulièrement dans le développement des nano agents qui viennent améliorer les performances des soldats sans l’usage de drogue. Avec un budget de défense de 722,1 G$ en 2011, les États-Unis sont à l’avant-garde dans le domaine de la nanotechnologie. En comparaison, la Chine, deuxième budget militaire mondiale, ne dépense «que» 76,4 G$.

«Le fantassin est un défi pour l’armée, car dans toutes les autres branches militaires, on met des hommes dans des machines, note le sergent Benoît Themens des Forces canadiennes. Le fantassin, c’est l’inverse. On met du stock sur le soldat. Il faut donc trouver une façon de faciliter les choses. L’objectif américain est que le fantassin ne dorme pas, ne mange pas et ne boit pas pendant 72 heures.» On comprend alors que, si ces recherches aboutissent, cela aurait un impact sur la conduite d’une guerre.

L’ère de l’infosphère

Les nanotechnologies ne sont pas la seule nouveauté guerrière. La guerre du futur ne sera pas physique, mais se déroulera dans l’infosphère, le cyberespace. «L’ère industrielle est arrivée à son maximum avec l’arme nucléaire et la conquête de l’espace, assure Richard Garon. Dans la nouvelle période, c’est l’infosphère qui est la nouvelle dimension des guerres futures.» La dimension physique n’est donc plus le seul endroit où un belligérant peut imposer sa volonté. Richard Garon ajoute que «l’infosphère inclut tous les médias et internet. C’est là que les combats devraient avoir lieu à l’avenir. Ça ne veut pas dire que les combats physiques sont exclus. Les batailles physique et numérique sont combinées».

L’Exemplaire numéro 7

Publié le 21 mars 2012 dans L’Exemplaire.

Par Pierre-Louis Curabet, Québec.

Photo de Une : Courtoisie Wikimedia commons Calips



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