Syrie, Nations unies et vetos

L’émissaire de l’ONU et de la Ligue arabe, Kofi Annan, était en visite en Syrie les 10 et 11 mars derniers. Cette initiative de la communauté internationale s’est soldée par un nouvel échec.

Alors que l’Observatoire syrien des droits de l’homme décompte plus de 9 000 morts un an après le début de la révolte, la communauté internationale n’arrive pas à s’entendre sur les sanctions à mettre en place contre le régime de Damas. En visite de deux jours, l’ancien secrétaire général de l’ONU Kofi Annan a rencontré le président syrien Bachar al-Assad pour trouver une issue pacifique aux violences et permettre l’envoi d’une aide humanitaire.

La secrétaire générale adjointe des Nations unies aux affaires humanitaires, Valerie Amos, a appuyé sur ce dernier point, jeudi dernier, lors d’une déclaration à la presse. «Il est de plus en plus crucial que les organisations humanitaires aient un accès sans entrave pour identifier les besoins urgents et fournir des soins et des fournitures de base, a avancé Valerie Amos. Il n’y a pas de temps à perdre.» Suite à la venue de Kofi Annan, Damas a annoncé la tenue d’élections législatives le 7 mai prochain. Cette initiative jugée «ridicule» par les États-Unis ne laisse en rien présager un fléchissement du régime, alors qu’on dénombre des dizaines de morts chaque jour.

Sanctions internationales bloquées

En premier lieu, le double veto russe et chinois au Conseil de sécurité de l’ONU bloque une condamnation du régime syrien et une intervention militaire sur le modèle libyen. «Les liens entre la Russie et la Syrie ont été renforcés sous le deuxième mandat de Vladimir Poutine, remarque Aurélie Campana, professeure agrégée au département de science politique de l’Université Laval. Ce dernier a consenti à effacer en grande partie la dette syrienne et a signé de gros contrats pour la livraison d’armements. Des entreprises énergétiques russes ont également beaucoup investi en Syrie, dans l’exploitation du gaz naturel surtout.»

La Chine suit la Russie dans cette affaire, mais elle a aussi ses motivations propres. «Les Chinois ont une dent contre Obama après la création de la zone de libre-échange pacifique qui les exclut, avance Fabrice Balanche, directeur du Groupe de recherches et d’études sur la Méditerranée et le Moyen-Orient (GREMMO). Par ailleurs, d’un point de vue intérieur, les Chinois ont régulièrement des soucis avec les Tibétains et les Ouïgours, et ils ne veulent donc pas être condamnés à leur tour par l’ONU en fonction de la jurisprudence syrienne. C’est pour ça qu’ils sont réticents à toute intervention ou ingérence étrangère.»

Les vetos russe et chinois laissent peu de chance au scénario d’une intervention militaire internationale. De son côté, le régime syrien en profite pour reprendre la main en intensifiant son offensive contre les bastions rebelles, dont fait partie la ville de Homs. «On sait très bien que Bachar al-Assad ne quittera pas le pouvoir et que si l’opposition syrienne se militarise, elle va se radicaliser, note Fabrice Balanche. Il y aura tous les djihadistes, présents en Irak, qui vont revenir en Syrie, et ça va déboucher sur une guerre civile. La communauté internationale a donc pour stratégie de calmer le jeu, car une instabilité dans la région entraînerait une hausse du baril de pétrole.»

L’Exemplaire numéro 7

Publié le 21 mars 2012 dans L’Exemplaire.

Par Pierre-Louis Curabet, Québec.

Photo de Une : Courtoisie Flickr Abode of Chaos



'Syrie, Nations unies et vetos' has no comments

Be the first to comment this post!

Leave a Reply

Old Paper by ThunderThemes.net