Le héros des égouts


SOUS TERRE

Sous terre a été nominé dans la catégorie du meilleur film étranger aux Oscars de février dernier.


Critique. Cinéma.

Lvov, Pologne. La Deuxième Guerre mondiale fait rage. Le ghetto de la ville va être nettoyé. Un groupe de Juifs a creusé un trou dans le plancher pour accéder aux égouts. Ils espèrent ainsi tromper la mort. Malheureusement pour eux, l’égoutier de la ville, Leopold Socha, découvre le stratagème. En échange d’un versement hebdomadaire, l’égoutier véreux propose aux Juifs de passer sous silence leurs agissements et de les aider à se cacher dans son royaume souterrain

Alors qu’au début Leopold Socha agit uniquement par intérêt financier, son attitude change au fil des rencontres. L’égoutier est finalement déterminé à sauver ces hommes et ces femmes de l’extermination. Mais protéger des Juifs n’est pas sans danger. Peu importe. L’affection grandissante du Polonais pour ce petit groupe va l’amener à prendre de nombreux risques. Pour qu’ils puissent finalement revoir la lumière du soleil et respirer l’air frais.

Réalité à l’état brut

Sorti au Québec le 17 février dernier, Sous terre n’offre au premier abord rien de bien neuf. Un film sur le drame de l’holocauste durant la Seconde Guerre mondiale. Un film tiré d’une histoire vraie. Deux registres déjà bien garnis cinématographiquement. L’originalité du film d’Agnieska Holland est de situer l’action dans les canaux souterrains nauséabonds de la ville de Lvov. On y passe la majorité du film, et c’est tant mieux. La caméra s’y meut de façon limpide, même si parfois la réalisatrice a tendance à abuser des plans flous.

Le plus grand tour de force d’Agnieska Holland est ici de dépeindre l’horreur de la condition juive avec stoïcisme. Pas de surplus d’émotions. Aucune chaude larme n’est versée. Le spectateur contemple la réalité. Brute. Certes, la douzaine de troglodytes est sale, fragile mentalement, mais pas décharnée. Ils survivent, c’est tout. À l’opposé, les scènes de sexes sont crues. On ressent alors toute la proximité que les Juifs ont vécue pendant ces quatorze mois enfermés sous terre. Par ailleurs, la séquence où une des femmes accouche dans cet environnement putride est la plus ensanglantée du film. La chair et le sang y sont montrés jusqu’à faire détourner le regard du spectateur.

Malgré l’ambiance pesante, on rit grâce à quelques répliques bien senties des personnages. C’est là que le film perd un peu de sa justesse. La réalisatrice surjoue de l’ascenseur émotionnel. À un passage heureux, succède une scène tragique. Ce procédé est utilisé à de trop nombreuses reprises pour que l’on ne s’y attende pas. Du coup, au fur et à mesure que le film avance, le spectateur anticipe de plus en plus. Cette fausse note rend parfois le temps long, même si la réalisatrice réussit à éveiller l’attention de son auditoire jusqu’à la prise de Lvov par les Russes. Surtout, le duo Socha-Mundek, interprété par Robert Wieckiewicz et Benno Fürmann, révèle avec talent la difficulté de faire confiance à l’autre, à l’étranger. De son côté, Agnieska Grochowska, dans le rôle de Klara Keller, fait sensation en femme brisée, tenue par la promesse de prendre soin de sa petite sœur.

Sous terre, réalisé par Agnieska Holland.

Publié le 22 mars 2012.

Par Pierre-Louis Curabet, Québec.



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