Attention, voilà Mélenchon !


Élections présidentielles françaises

Courtoisie Flickr Bérangère Segura


Jean-Luc Mélenchon, candidat du Front de gauche à l’élection présidentielle française, attire de plus en plus. Le 18 mars dernier, place de la Bastille à Paris, son meeting “Reprenons la Bastille” a rassemblé 120 000 personnes, selon les organisateurs. Cet engouement se traduit par une hausse des intentions de vote dans les sondages.

Le 12 mars dernier est une date importante dans la guerre des sondages qui a lieu en France en ces temps d’élections présidentielles. Le Front de gauche (FDG) a passé la barre des 10 % avec un score de 11 % selon l’institut de sondage CSA. Depuis, ce parti, rassemblant entre autres le Parti communiste et le Parti de gauche créé en 2009 par Jean-Luc Mélenchon, n’est pas redescendu en dessous des 10 % dans les intentions de vote. Le 22 mars, un sondage BVA l’a même crédité de 14 %, devenant ainsi le troisième homme dans la course à la présidentielle du 22 avril prochain.

«Il faut relativiser sa montée dans les sondages, note Jean Chiche, chercheur au Centre de recherches politiques de Sciences Po (CEVIPOF). C’est vrai qu’il y a une dynamique que l’on a pu voir lors de la marche à la Bastille du 18 mars dernier. La montée dans les sondages est de trois points en trois mois de campagne, passant de 8 % à 11 % aujourd’hui. Ce n’est pas énorme.»

Critiques des sondages

De son côté, le FDG critique vertement les méthodes sondagières et «propose donc aux Français d’avoir un regard sceptique lorsque les informations sondagières leur arrivent, sous couvert de scientificité. Alors que, derrière, les obligations légales ne sont pas forcément remplies», affirme Raquel Garrido, porte-parole internationale du FDG. Avant d’ajouter : «Ce qu’il faut c’est la liberté de conscience, la capacité de chaque citoyen de cheminer vers l’urne à l’abri des manipulations.» François Longérinas, secrétaire national du Parti de gauche et responsable du secteur de l’économie sociale et solidaire dans l’équipe de campagne de Jean-Luc Mélenchon, appuie sur le fait que les sondages ont un effet indirect sur l’opinion. «Ce qui est intéressant dans le sondage, ce n’est pas tant le score dont on nous crédite, mais c’est ce score à deux chiffres qui a une influence sur l’opinion. C’est un effet collatéral. La réussite de la marche de la Bastille montre qu’il y a un phénomène, une vraie dynamique. […] Ce qui est très nouveau au quartier général de campagne, c’est qu’il y a, depuis 3 semaines, des dizaines de personnes qui passent donner un coup de main bénévolement pour coller des affiches, construire des pancartes, etc.»

Rassemblement de la gauche de la gauche

Jean-Luc Mélenchon et le FDG sont en train de rassembler toute la gauche qui est à gauche du Parti socialiste (PS), ne laissant que des miettes aux deux candidats trotskistes Nathalie Arthaud et Philippe Poutou, alors qu’en 2002 les candidats de ces deux partis rassemblaient 10%. Éva Joly, candidate d’Europe écologie les Verts, en fait aussi les frais avec des intentions de vote autour de 2-3 %. «En France, il y a à gauche du PS un mouvement social qui a une incarnation politique qui était fragmentée jusqu’à aujourd’hui, explique Jean Chiche. Jean-Luc Mélenchon a réussi à les rassembler malgré la présence de petits candidats.»

Pour les membres du FDG, c’est avant tout le travail de fond réalisé par le parti qui paie. «C’est d’abord un programme qui est très clair sur plusieurs points, comme la redistribution des richesses, avance Raquel Garrido. Nous avons réussi à imposer cette question dans le débat politique actuel. On trouve avec ce thème de la redistribution un écho fort en temps de crise où les gens souffrent de la perte de pouvoir d’achat.» François Longérinas confirme les propos de sa camarade et ajoute : «On dit qu’on n’a pas réponse à tout. C’est avec les citoyens qu’on les construira. On a de grandes pistes et des mesures immédiates à mettre en place pour recréer une société égalitaire.»

Le talent Mélenchon

Le facteur Mélenchon est aussi un élément qui explique l’engouement autour du FDG. «Le personnage Mélenchon a un talent oratoire qui passe très bien, assure François Longérinas. C’est la cerise sur le gâteau.» Par ailleurs, Jean-Marie Donégani, chercheur au CEVIPOF, affirme que «le succès de Mélenchon s’explique d’une part par le rejet général de la politique habituelle des partis de gouvernement, et d’autre part par le climat de crise qui frappe la France. Mais évidemment, le talent de Mélenchon est le principal facteur de son succès. Il sait parler un langage simple et il apparaît comme quelqu’un de sincère».

Jean-Luc Mélenchon n’est pas nouveau en politique. Il est entré au PS en 1977, avant de le quitter en 2008. Et pourtant, il n’aurait pas l’image négative qui colle à la peau des hommes politiques français dans l’opinion publique. La porte-parole internationale du FDG l’explique en ces termes. «L’élément central est la campagne qu’il a menée pour le non à la Constitution européenne en 2005. C’est à ce moment-là que Jean-Luc Mélenchon est apparu aux yeux du grand public, car le non a gagné. C’était une vraie marque de courage. Puis, la deuxième marque de courage, c’est sa sortie du PS en 2008 alors qu’il aurait très bien pu rester sénateur et prendre sa petite rente sénatoriale [Jean-Luc Mélenchon a en fait laissé sa place de sénateur en janvier 2010 à Marie Agnès Labarre, ne pouvant pas cumuler ce mandat avec celui de député européen, ndlr]. […] À la fois, il a l’expérience, mais il a aussi été clair sur son autocritique. C’est rare pour un homme politique.»

Direction la victoire

Au Front de gauche, on ne se le cache pas. On y va pour gagner. «Le Front de gauche est sur la position de gouverner, soutient François Longérinas. C’est notre ambition. On ne veut pas seulement faire de l’agitation. On veut être un parti de gouvernement. […] On y va pour aller au second tour. Mais il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué. On part tellement de loin. On a réussi à rassembler ce que l’on appelle historiquement la gauche alternative, l’extrême-gauche, le parti communiste et une partie de l’écologie radicale. Ce n’est donc pas sûr que ce soit pour ce coup-ci, même si on a encore une marge de progression. C’est assez net.»

De son côté, Raquel Garrido lance un appel au ralliement des forces de gauche. «Ce qui compte surtout c’est de battre la droite, qu’il y ait un désistement républicain mutuel de toutes les forces à gauche, c’est-à-dire que c’est le candidat de gauche qui est le mieux placé au premier tour qui va ensuite mener le combat de tous contre la droite au second tour. Il faut se rassembler dans les urnes.»

Affaiblira ou n’affaiblira pas le PS

Quand le Front de gauche aura raflé tous les votes à gauche de la gauche, va-t-il aller chasser sur les terres du PS ? «Si Jean-Luc Mélenchon continuait à progresser au détriment de François Hollande, ce dernier s’en trouverait affaibli, déclare Olivier Duhamel, politologue français spécialiste de la Ve République et de la gauche française. S’il obtient 12 % des suffrages et François Hollande plus du double, cela ne posera pas de véritable problème. Au contraire, cela pourra aider le candidat socialiste à gagner au second tour.» Le chercheur Jean-Marie Donégani confirme : «La gauche est toujours unie au second tour, surtout si l’adversaire est aussi détesté que l’est Nicolas Sarkozy.»

Pour l’instant, le PS a passé des accords électoraux avec Europe écologie Les Verts, mais pas avec le Front de gauche. Pour Raquel Garrido, «François Hollande n’a rien donné, ni sur le programme, ni sur le fait de soutenir des candidats du Front de gauche aux législatives. Il y a donc une forme de fermeté qui est surtout du côté socialiste.» Le Front de gauche affirme que les accords à gauche se feront sur les rapports de force au soir du premier tour des présidentielles. A défaut de gagner les batailles du 22 avril et 6 mai prochains, le parti de Mélenchon espère bien devenir faiseur de rois. «Aujourd’hui, on a une quinzaine de députés, et on en espère trente à quarante, avance François Longérinas. Il y a donc de forte chance qu’on ait un groupe parlementaire, et un groupe qui pèse. L’idéal serait d’être majoritaire. Cependant, dans une configuration intermédiaire, il faudrait avoir un groupe qui puisse faire ou non la majorité.»

Publié le 23 mars 2012.

Par Pierre-Louis Curabet, Québec.


Secret de fabrication:

Ossopom!* a contacté le bureau de campagne du Parti socialiste, mais le parti n’a pas souhaité répondre, car, «compte tenu de l’actualité douloureuse depuis le début de la semaine [événement de Montauban et Toulouse, ndlr], il nous est difficile de vous trouver un porte-parole pour vous répondre sur ce sujet» (Emilie Lang, mail du 22 mars 2012).



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