Robert Fowler

Robert Fowler ou la vie d’un otage d’Al-Qaïda

«Une saison en enfer»

Robert Fowler, envoyé spécial de l’ONU au Niger, a été pris en otage par Al-Qaïda pendant quatre mois en 2009. Témoignage d’un périple infernal.

L’EXEMPLAIRE : La peur vous a-t-elle accompagné tout au long de votre emprisonnement?

Robert Fowler : Les cinq premiers jours ont été absolument terrifiants et j’imagine que c’est impossible de maintenir une peur aussi aiguë pendant plus longtemps. Une fois que nous sommes arrivés en plein Sahara, c’était évident que les ravisseurs ne nous tueraient pas immédiatement. Si leur objectif avait été de nous éliminer, ils l’auraient fait depuis un moment. D’une certaine manière, la peur d’une mort immédiate a diminué. Mais, mon collègue Louis Guay et moi, on a toujours gardé à l’esprit que ça pourrait mal finir, comme Daniel Pearl en 2002 [journaliste américain pris en otage puis décapité par Al-Qaïda au Pakistan, ndlr]. La pensée de la mort n’était jamais tout à fait absente.

L’EXEMPLAIRE : Comment avez-vous fait pour ne pas vous effondrer psychologiquement durant ces 130 jours de captivité?

R.F. : On est de bons petits fonctionnaires alors on avait des plans, des objectifs, des business plans. On faisait de l’exercice physique. On parlait. On avait des règles, même si on ne les suivait pas toujours. Par exemple, on n’avait pas le droit de parler de choses négatives après une certaine heure. D’autres règles étaient un peu stupides, mais cela nous aidait à diminuer un peu nos angoisses en rendant un peu plus “normale” notre situation.

L’EXEMPLAIRE : Dès vote retour, vous avez affirmer que le gouvernement nigérien pouvait être impliqué dans votre enlèvement. D’où provient cette suspicion?

R.F. : Je n’ai pas de preuve, mais, d’après ce que plusieurs personnes dans la région m’ont dit et selon mon calcul, c’est absolument évident que quelqu’un a fourni à Al-Qaïda notre itinéraire. Le Niger n’est pas particulièrement un pays sécuritaire et notre mission était de mettre fin à une rébellion qui fermée les trois-quarts du territoire à toute visite ou voyage. Mais le lieu où nous avons été enlevés se situait dans les 8% du territoire nigérien que les Nations unies jugeaient sécurisés. Nous étions à 2km d’une grande base militaire, à 3km de la prison la plus importante du pays. On était sur la route que le gouvernement allait emprunter pour célébrer le 50e anniversaire de l’indépendance du Niger et on était à proximité d’endroit où l’ambassade canadienne faisait des pique-niques la fin de semaine. Ce n’était pas du tout une zone dangereuse et nous avons été capturés 500km plus au sud qu’Al-Qaïda n’avait jamais opéré auparavant. De plus, durant notre captivité, on a appris que l’on nous avez suivi de près ce jour-là. C’est très clair pour moi: quelqu’un a fourni à nos ravisseurs les informations nécessaires à notre enlèvement. Nos geôliers se sont vantés devant nous de l’importance de leur réseau d’information.

L’Exemplaire numéro 9

Publié le 4 avril 2012 dans L’Exemplaire.

Par Pierre-Louis Curabet, Québec.

Petite bibliographie : Rober Fowler a été le représentant permanent du Canada à l’ONU entre 1995 et 2000, puis il a été ambassadeur du Canada en Italie entre 2000 et 2006. Il vient de sortir un livre, Une saison en enfer, qui relate les 130 jours de captivité qu’il a passés au Niger aux mains d’Al-Qaïda au Maghreb islamique.

Photo de Une : Courtoisie Flickr theseoduke



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