Vers une légalisation des drogues?

Sixième Sommet des Amériques

Les pays des Amériques se réunissent les 14 et 15 avril, à Cartagena, en Colombie. L’épineuse question de la légalisation des drogues sera sur la table.

Les présidents du Guatemala et du Salvador, Otto Pérez et Mauricio Funes, ont déclaré conjointement, le 13 février dernier, qu’il fallait se pencher sur une possible légalisation du commerce des drogues pour lutter contre le narcotrafic. Cette position représente un retournement de stratégie contre le problème des drogues, la norme établie jusque-là étant la répression de leur commerce.

Ce changement de politique sera discuté lors du sixième Sommet des Amériques, les 14 et 15 avril, sans réelle chance d’aboutir sur un succès. «Je pense qu’il n’y a pas d’espoir à court terme de trouver une entente unanime sur ce dossier, affirme Guillermo Aureano, chercheur associé au Centre d’études sur la paix et la sécurité internationale (CEPSI). Les Américains n’accepteront jamais à moins qu’ils réalisent un changement à 180° degré sur le sujet. Par ailleurs, les bons alliés des États-Unis pourraient être réticents à la légalisation de la drogue. Ainsi, le Pérou peut avoir peur des représailles américaines. Washington pourrait décider de couper l’aide internationale, ce qui aurait de graves conséquences pour certains pays d’Amérique latine.»

Échec de la répression

Peu de chance donc de voir une légalisation du commerce de drogue à l’échelle des Amériques, à cause du refus étasunien. Selon Guillermo Aureano, cette négation catégorique de la première puissance mondiale s’explique pour des raisons de politique interne et surtout idéologique. «Une nouvelle politique vis-à-vis de la drogue implique beaucoup de changements dans la perception des consommateurs des drogues, qui ne serait plus négative. Cela comporte aussi une réorganisation totale des marchés, ce qui est très difficile à faire passer en politique interne aux États-Unis. De plus, la répression du trafic de drogue à l’étranger a été un outil de politique étrangère américaine manipulé pendant des années.»

Dans son résumé analytique du World drug report 2011, l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (UNODUC) affirme que «le nombre total de personnes faisant un usage illicite de drogues a augmenté depuis la fin des années 1990». De son côté, la politique de répression, orchestrée par les États-Unis, a eu pour effet de déplacer les points de production des drogues. «En Colombie, on a pu constater une baisse de la production dans le pays, mais ça ne veut pas dire qu’il y a une baisse de production dans la région des Andes, avance Hugo Loiseau, professeur agrégé à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke. Dans les pays alentours, il y a eu une hausse de la production de drogue. Cette politique de répression n’a fait que déplacer le problème ailleurs. Le problème fait tache d’huile, et ça s’étend dans toute la région.» La proposition guatémaltèque et salvadorienne de légaliser le commerce des drogues vient donc en réponse à cet échec de la politique de répression, mais il peut probable que les États-Unis acceptent une telle demande lors du sixième Sommet des Amériques.

L’Exemplaire numéro 10

Publié le 11 avril 2012 dans l’Exemplaire.

Par Pierre-Louis Curabet, Québec.

Photo de Une : Courtoisie Flickr republicoftogo.com



'Vers une légalisation des drogues?' has no comments

Be the first to comment this post!

Leave a Reply

Old Paper by ThunderThemes.net