Une initiative pour se sentir dans la peau d’un poilu

Des élèves du lycée Mireille-Grenet, à Compiègne, ont créé une table et un document olfactif qui fait ressentir les odeurs des tranchées.

L ’histoire à l’école ça peut vite se résumer à une accumulation de dates. Surtout quand on parle de la Première Guerre mondiale : 28 juin 1914, assassinat de l’archiduc-héritier François-Ferdinand d’Autriche qui met le feu aux poudres ; début de la bataille de Verdun, le 21 février 1916…

Pour le centenaire de la Grande Guerre, au lycée Mireille-Grenet de Compiègne, des élèves de troisième et de seconde ont innové sous la houlette de Yann Desplanque, professeur de lettres et d’histoire. En un an et demi, ils ont créé de A à Z une table transportable où les curieux sentent à l’aveugle six odeurs familières aux poilus, ainsi qu’une plaquette olfactive en partenariat avec l’entreprise Euracli, spécialisée dans la microencapsulation pour… les grands parfumeurs.

Six odeurs différentes

À l’origine, le jeune professeur Yann Deplanque, originaire de la région lilloise, se sentait « le devoir de participer à ces commémorations », mais ne voulait pas « proposer une exposition traditionnelle à base de panneaux ». Surtout, ce trentenaire à la barbe fournie voulait avant tout « utiliser les savoir-faire développés ici au lycée professionnel où l’interdisciplinarité est une évidence ».

Lancée en janvier 2014, l’aventure commence par la lecture de témoignages et de lettres de poilus par des 3e prépa-pro. Reviennent des odeurs de terre, et aussi de vin – les soldats avaient le droit à une ration quotidienne de 75 cl en 1917 – ou encore de beurre rance. N’approchez pas trop le nez de la table au risque de vous retourner l’estomac. Parmi ces senteurs, les élèves ont eu à cœur d’ajouter une touche plus agréable : la lavande qui parfumait les lettres que les femmes envoyaient aux soldats.

Ce sont ensuite des secondes lors de cours de chimie qui ont reconstitué les six odeurs sélectionnées. Pour cela, ils avaient besoin de matières premières : le Haras de Compiègne leur a par exemple fourni ce qu’il faut pour l’odeur du crottin de cheval.

Au final, le nez parfait de Jean-Baptiste Grenouille, personnage principal du Parfum de Patrick Süskind étudié pour l’occasion par les élèves, n’aura rien à redire aux odeurs créées par les élèves du lycée Mireille-Grenet, sauf… « Ils ne sont pas du tout satisfaits de l’odeur de terre qui est trop légère. Les élèves continuent leurs expériences », explique Yann Deplanque.

Une belle réussite tout de même : « On a beaucoup de demandes de prêts pour la table. Mais le plus important, c’est que c’est très valorisant pour les élèves. »

Le public pourra poser son nez sur la table aux odeurs de tranchées lors des journées portes ouvertes du lycée Mireille-Grenet, le samedi 5 mars prochain.

Pierre-Louis Curabet

Publié le 25 novembre 2015 dans Courrier Picard – Oise.

Page du journal à télécharger ICI



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