Cinq ans que Dominique attend d’être expropriée

Touché par le projet de canal Seine Nord Europe, le bien bâti de Dominique Denoyelle à Ribécourt n’a toujours pas été racheté par Voies navigables de France.

Il pleut sur le camping de Chiry-Ourscamp en ce début d’après-midi de la fin novembre. Au fond d’une allée de mobil-homes blancs, deux studios en dur. L’un est occupé depuis quatre ans maintenant par Dominique Denoyelle. Cette dernière, qui aura 50 ans à la fin de l’année, vit ici contrainte. En cause : l’expropriation de sa maison et de son fonds de commerce par l’établissement public Voies navigables de France (VNF) n’est toujours pas signée après plus de cinq ans d’attente.

« Ça aurait dû être simple, mais là je suis dans la mouise. » En 2005, Dominique et son mari de l’époque achètent le bar, rue de Bailly à l’entrée de Ribécourt, juste à côté du canal latéral à l’Oise. Les affaires marchent bien – « Je faisais même venir des groupes » –, mais deux ans plus tard, ils apprennent que le projet du Canal Seine Nord Europe (SNE) touchera certaines maisons de leur rue.

Lors d’une réunion organisée par VNF en octobre 2008, ils ont confirmation que leur maison et leur commerce attenant feront partie des biens expropriés ; un nouveau pont devant être construit pour passer par-dessus le prochain canal. Un rond-point pour le desservir devra voir le jour là où se trouve leur logement.

Expropriations des bâtis suspendues en 2010

Naturellement, le couple commence à faire d’autres projets et ne réalise pas de travaux dans son bar : « Je n’allais pas investir alors que mon commerce allait être racheté, puis démoli un an plus tard », lance cette ancienne tenancière, liner bleu autour des yeux. Dans l’idéal, elle se voyait bien tenir un gîte dans une autre région – « au-dessous de la Loire, j’ai besoin de soleil », glisse-t-elle. Sauf que les estimations du fonds de commerce et de leur maison ne déboucheront pas comme prévu sur la signature de l’expropriation de l’ensemble au printemps 2010.

Amer pour Dominique Denoyelle qui constate que le gîte d’un couple de Britanniques a, lui, été racheté par VNF. « L’acquisition des biens de Mme Denoyelle ne s’est pas faite en même temps que les autres, car VNF a suspendu ces acquisitions de bâtis dans l’attente de décisions sur la réalisation du projet », explique Jean-Pierre Velche, responsable foncier pour le projet SNE chez VNF.

Dans la tourmente, le couple de Dominique éclate fin 2011. Le divorce ne peut être finalisé tant que leur bien immobilier ne sera pas vendu. Faute de garanties financières, elle a depuis élu domicile au camping caouen où il est plus facile de louer.

Dénouement fin 2015 selon VNF

En arrêt maladie depuis février 2014 à cause d’un syndrome du canal carpien aux deux mains, Dominique Denoyelle a été obligée de fermer son bar ; « mais je ne peux pas le fermer administrativement sinon je n’aurais plus de fonds de commerce ». Car elle ne pourrait pas alors être indemnisée lors de l’expropriation.

Grand-mère une seconde fois début novembre, Dominique prend sa situation avec dérision, mais la réalité prend parfois le dessus : « Je ne peux pas recevoir mes deux petites-filles ici, dit-elle en englobant l’unique pièce à vivre du regard. C’est rageant, surtout que j’ai de l’argent dormant avec ma maison et mon commerce. » Elle note par ailleurs qu’aucuns travaux n’ayant été effectués dans sa maison depuis 2009, la valeur de l’ensemble a irrémédiablement chuté.

Un calvaire qui pourrait enfin cesser. « Si l’évaluation est toujours en cours, c’est parce qu’on cherche à prendre en compte positivement l’évolution de la situation de Mme Denoyelle », affirme Jean-Pierre Velche. Avant de conclure : « L’objectif de VNF est de formaliser une proposition d’achat avant la fin de l’année 2015. »

Pierre-Louis Curabet

Publié le 30 novembre 2015 dans Courrier Picard – Oise.

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