La ferraille est moins bien en cour(s)

Les biffins berrichons se comptent presque sur les doigts de la main. La chute du cours de la ferraille ne devrait pas arranger leurs affaires.

Chercher un biffin dans le Berry revient à chercher une aiguille dans une botte de foin. Ces chineurs, qui vivent entre autres de la récupération de ferraille, semblent voués à la disparition.

À Moulins-sur-Yèvre, l’entreprise de recyclage de ferraille Mercier-Leroy et fils achète câble de cuivres, canettes et autres boîtes de conserves à des milliers de particuliers chaque année dans un rayon de 50 kilomètres. « La plupart viennent pour gagner un petit billet et améliorer leur quotidien », explique Frédéric Mercier, qui a repris l’affaire familiale en 2010. Mais aucun biffin parmi eux.

Rachetée 130 € en juin dernier, la tonne de ferraille est tombée à 30 € en novembre

Il faut dire que, avec la chute des cours depuis cet été, vivre de la récup de la ferraille semble difficile. « Alors qu’on leur rachetait autour de 100, 130 euros la tonne, on était tombé à 30 euros en novembre », avance Frédéric Mercier. Bonne nouvelle, en décembre, une légère reprise de l’activité dans le secteur a accru le prix de rachat à hauteur de 45 euros.

Chez Ferrolac, autre entreprise de recyclage de ferraille basée à Lunery, on travaille encore avec quelques biffins. « Lorsque je travaillais à Caen dans les années 1990, j’ai vu disparaître les vieux chineurs », lance Dominique Bourdon, conseiller au sein de l’entreprise. Selon ce dernier, il en existe encore quelques-uns dans les campagnes, mais plus à proximité des villes.

Alain Giraud est l’un d’entre eux. Résident au lieu-dit Neroux à Sainte-Lizaigne (Indre), ce retraité a longtemps été chineur dans la région parisienne. Aujourd’hui, il fait cela pour passer le temps et s’offrir un petit complément de retraite. « J’étais cuistot à Paris et j’avais mes matins ou mes après-midi, raconte le sexagénaire. J’avais un copain ferrailleur à qui je donnais des coups de main. Par la suite, je me suis lancé dans la brocante et la ferraille. »

Alain Giraud travaillait principalement avec des agences de location qui l’appelaient pour débarrasser des logements avant de les relouer : « C’était un boulot dur. Peu de monde voulait le faire », affirme le retraité, un cigare perpétuellement vissé aux lèvres.

Franck Morel est, lui, chineur à Vierzon depuis 2005. Grâce au bouche-à-oreille, il arrive à développer son activité, mais il pense aujourd’hui à arrêter. « Avant, les gens donnaient leur ferraille ; maintenant, ils la vendent. Avec la baisse du prix de rachat et la complication des démarches administratives à effectuer, il devient difficile d’exercer. »

À Saint-Amand-Montrond, Éric Héritier est un peu à contre-courant. Il s’est installé en tant qu’autoentrepreneur il y a seulement cinq ans. « Je n’avais que quelques activités mineures. J’ai donc fait de la prospection et comme il y avait de la demande, je me suis lancé », explique ce « jeune » chineur.

Avec la chute des cours de métaux ferreux, Éric Héritier préfère « stocker en attendant que les prix remontent ». Avant d’ajouter : « Je suis bien obligé de vendre un peu, car j’ai des factures à payer et des fins de mois à boucler. »

Pierre-Louis Curabet

Publié le 13 janvier 2016 dans Le Berry Républicain.

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