Geneviève Gorget retrace la libération de la commune

La nonagénaire était sur la jeep des Américains qui ont libéré Montmirail, le 28 août 1944. Elle nous raconte avant le défilé commémoratif de dimanche.

Tous les ans depuis 2011, Geneviève Gorget monte dans une jeep le 28 août, en tête du cortège commémorant la libération de Montmirail par les troupes américaines en 1944. Et la première fois qu’elle est montée dans une jeep, c’était justement il y a soixante-douze ans.

« Je prenais un café chez Monsieur Fouchet qui était ingénieur des Ponts et Chaussées, raconte Geneviève, 92 ans. Vers 8 heures du matin, j’ai vu une jeep éclaireur arriver au loin. Je suis sortie, et quand ils (les soldats étasuniens, ndlr) sont passés devant moi, l’interprète m’a demandé si je savais où était la mairie. Je lui ai répondu que oui et ils m’ont demandé de monter pour que je leur montre le chemin. » La jeune Geneviève de 20 ans s’exécute et une fois à la mairie, les soldats américains plantent leur drapeau sur l’Hôtel de ville, libérant de fait la commune.

Si l’histoire s’est bien finie pour Geneviève et Montmirail, elle avait pourtant très mal commencé en 1940 avec la percée de l’Allemagne nazie dans la région et la fameuse guerre éclair, le Blitzkrieg. « Juste avant qu’ils arrivent, nous sommes vite partis en laissant les clefs sur la table et la porte de la maison ouverte », souffle la nanogénaire. En se sauvant, les Montmiraillais préservent leur ville de la destruction.

Geneviève et sa famille partent en train direction Marjevols, en Lozère. « On était dans des wagons à bestiaux, glisse la vieille dame, les yeux et le visage pleins de vie pour son âge avancé. La moitié des personnes était debout et l’autre moitié se reposait sur la paille. Puis on alternait. » Un trajet éprouvant qui durera deux ou trois jours. Geneviève ne se souvient plus trop.

La peur des soldats chevillée au corps

Finalement, elle doit revenir avec sa famille à Montmirail quelque mois plus tard, après la signature de l’armistice du 22 juin 1940 entre le Troisième Reich et le gouvernement français de Philippe Pétain. « Hitler voulait que les habitants reviennent pour travailler et reprennent leur vie quotidienne », raconte Geneviève.

De cette période sous l’occupation allemande, cette ancienne infirmière de l’hôpital montmiraillais retient avant tout la peur que lui inspiraient les soldats allemands : « Quand ils défilaient aux pas de l’oie dans les rues, on se gardait bien d’être trop près. S’ils étaient sur la route, on se mettait sur le trottoir. S’ils étaient sur le trottoir, on se mettait dans le caniveau ».

Une période noire où les rideaux des fenêtres devaient être tirés ou les carreaux peints en bleu. Pour se cacher de l’ennemi. Une peur qui n’a pas empêché Geneviève de se « planquer » chez les bonnes sœurs pour préparer l’arrivée des renforts américains que les Montmiraillais sentaient venir : « Je faisais de petits drapeaux pour les recevoir ». En échange, les Américains lui ont offert un beau tour en jeep.

Pierre-Louis Curabet

Publié le 27 août 2016 dans L’Union d’Épernay.

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