Jean-Baptiste Minisini, de la carte bancaire au couteau de charcutier

Jusqu’en 2015, Jean-Baptiste Minisini était banquier. Entre mal-être au travail et dépression, il a tout plaqué pour reprendre une formation en charcuterie. Il poursuit aujourd’hui l’aventure en brevet professionnel, et espère bien ouvrir un jour son propre commerce.

CAMBRAI. Il y a moins de deux ans, Jean-Bapstiste Minisini, apprenti charcutier aujourd’hui, portait encore le costard tous les jours. Il était banquier. « Une vie c’est long, c’est très long, souffle ce trentenaire. Si c’est pour traîner les pieds tous les jours. » Il avait passé toutes les étapes. De longues études, des stages. Et pensait aimer ce métier. « Au final, j’avais l’impression de vendre du vent. »

Un mal-être professionnel qu’il va supporter pendant près de cinq ans : « Durant les stages, on ne voit pas la réalité du quotidien. J’aime le conseil, mais l’objectif devient vite la vente et non le conseil ». Vendre des produits dont les clients n’ont pas besoin, Jean-Baptiste ne savait (voulait) pas le faire. Ce qui lui vaut quelques remarques de ses supérieurs lors des réunions hebdomadaires. La pression du chiffre.

Des déclics qui l’ont poussé à partir, l’apprenti charcutier en a eu plusieurs. Mais il se souvient particulièrement des paroles d’un de ses clients : « Quand vous sortez de votre bureau, regardez vos collègues. C’est à ça que vous ressemblerez dans 10 ans ». Le tableau n’a pas plu à Jean-Baptiste.

Manque de sens dans son travail, dépression, divorce, ce dernier s’en sort avec l’aide d’une conseillère Pôle emploi, avec qui il organise son départ et sa reconversion. Une rupture conventionnelle plus tard, il obtient le financement de son CAP charcuterie qu’il débutera en septembre 2015 chez le charcutier-traiteur Philippe Dacmine. « Je voulais revenir à un métier qui propose quelque chose aux gens. »

Un nouveau métier pour revivre

De son nouveau métier de charcutier, Jean-Baptiste aime tout : « On n’a pas le temps de s’ennuyer. En banque, je rencontrais un client, j’ouvrais un dossier et je le finalisais. C’était souvent la même chose. Là, on passe des terrines, aux saucissons, aux plats cuisinés ».

Et surtout, le trentenaire revit. Sortir, profiter de la vie, ne plus stresser sans arrêt. « Et puis sourire. Je n’arrivais plus à le faire à une époque. » Quand il revoit des anciens collègues, il ne regrette rien : « Ils vivent dans le confort de leur mal-être ». Lui gagne maintenant beaucoup moins d’argent, mais il est heureux au quotidien. Et puis, Jean-Baptiste a rencontré sa nouvelle compagne lors de sa formation en CAP charcuterie. Le début d’un cercle vertueux.

Pour l’obtention de son brevet professionnel en charcuterie, Jean-Baptiste assure que ce sera « compliqué, car je n’ai que huit mois d’expérience alors que les jeunes ont souvent trois ans derrière eux à ce niveau ». Mais on peut compter sur lui pour bûcher dur, car il espère bien créer sa boîte avec sa compagne. « Un beau rêve », sourit le trentenaire.

Pierre-Louis Curabet

Publié le 30 octobre 2016 dans La Voix du Nord – Cambrai.

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